PEUT-ON IMAGINER DES INVESTISSEMENTS CHINOIS A LA REUNION ?
CAS DE L’AUTOMOBILE ET DE LA SANTE
Le contexte économique chinois
Le développement récent de la Chine (1,3 milliard d’habitants en 2004) est sans égal : sur 20 ans, le PIB a augmenté de 8% par an en moyenne. Le niveau atteint est cependant encore modeste, au regard de sa population chinoise : le PIB par habitant reste peu élevé (moins de 1 000 dollars en 2002) et classe toujours la Chine parmi les pays en voie de développement (140ème rang).
La Chine s’affirme davantage sur la scène économique mondiale : elle est la 4ème puissance manufacturière et le 6ème exportateur mondial, alors qu’elle occupait les 8ème et 15ème rangs il y a dix ans. Le poids de la Chine et la vigueur de sa croissance sont de nature à changer les prix relatifs des facteurs de production et provoquer un réalignement économique mondial.
• Une croissance économique soutenue…
Dans un contexte mondial déprimé, les résultats de la Chine sont remarquables : le PIB a progressé de plus de 8% en 2002 (et de 7,3% en 2001), dépassant 1200 milliards de dollars. La prévision de croissance officielle pour 2003 est de 7% (estimation FMI de 7,5%). En termes de PIB, la Chine est devenue la 6ème puissance économique mondiale. L’objectif des dirigeants chinois est de maintenir un taux de croissance de 7% minimum sur une longue période, pour assurer le quadruplement du PIB entre 2000 et 2020 (16ème congrès). Selon des experts européens, la Chine deviendrait la première puissance économique mondiale avant 2050, retrouvant, avec la production du quart de la richesse mondiale, la place qu’elle avait au XVII - XVIII ème siècle.
• … par le dynamisme de la demande interne…
La croissance chinoise est d’abord liée au dynamisme de la demande intérieure : les ventes au détail conservent depuis 2000 un rythme annuel proche de +10% ; la production industrielle a progressé de 12,8 % en 2002 ; la progression de l’investissement (+16% en 2002 et +12% en 2001) est soutenue par les nombreux projets publics d’infrastructures, visant notamment le développement de l’Ouest, par les anticipations des effets de l’adhésion à l’OMC et une forte confiance en l’avenir.
De nouveaux relais de croissance sont apparus : l’investissement privé et le renforcement de nouveaux modes de consommation. L’investissement privé a progressé de 20% en 2002, et devrait s’accroître de 15-20% en 2003. Un nouveau modèle de consommation s’enracine chez la frange en expansion de population au pouvoir d’achat significatif : dépenses plus orientées vers l’automobile, l’équipement du logement, le tourisme, la santé et l’éducation, les équipements électroniques.
• … et l’explosion des exportations
Le commerce extérieur est passé de 21 à 600 milliards de dollars de 1978 à 2002, soit de moins de 10% à la moitié du PIB. La forte progression des exportations (+22% en 2002) a entraîné une hausse record de la valeur ajoutée industrielle de 13%. La Chine fabrique aujourd’hui 50% des appareils de photo au monde, 30% des téléviseurs et climatiseurs, 25% des machines à laver, 20% des réfrigérateurs… Corrélation usuelle, une forte hausse des importations est induite (+21%).
• Les investissements directs étrangers
L’ouverture sur l’extérieur s’est manifestée par l’afflux d’investissements directs étrangers (IDE), qui ont décollé à partir de 1992 (diaspora chinoise). Les IDE (plus de 450 milliards de dollars en stock) ont fortement contribué à la transformation de la Chine, et notamment à l’augmentation de ses échanges avec le reste du monde. Les entreprises à capitaux étrangers, qui sont plus de 425 000 en Chine, contribuent à plus de la moitié des exportations chinoises.
Témoin de l’attractivité de l’économie chinoise, le nouveau record des investissement étrangers : près de 53 milliards de dollars en 2002. Depuis dix ans, le profil des implantations s’est redessiné : l’investisseur type est un peu plus occidental qu’asiatique, il se focalise davantage sur des secteurs à forte intensité de capital ou de technologie et vise plus le marché intérieur (Le Monde). Les économistes du Conseil des Affaires d’Etat estiment qu’un flux annuel de 100 milliards de dollars pourrait être atteint en 2006, et se maintenir à ce niveau pendant le 11ème Plan (2006/2010).
Des projets chinois à La Réunion ?
Les récentes visites à La Réunion (décembre 2002 et janvier 2003) d’institutionnels et d’industriels chinois marquent l’intérêt des autorités chinoises pour le développement de relations économiques avec l’Europe et l’océan indien à travers des points d’appui multiples. La stratégie d’encerclement du jeu de Go peut permettre de comprendre cet intérêt pour La Réunion, pour une Chine lancée à la conquête de l’économie mondiale.
Le statut européen de l’île offre aux entreprises chinoises l’accès au marché communautaire sans quota et sans droit de douane de manière pérenne, atout déterminant pour les produits qui pourraient être fabriqués avec un faible coût de revient (intensité capitalistique). La présence et l’activité de la communauté chinoise sur l’île (génération de jeunes entrepreneurs) représente une carte supplémentaire pour l’île.
La Réunion présente des atouts en matière de financement des investissements et de technologie pouvant le cas échéant intéresser des opérateurs chinois désirant pénétrer le marché européen africain à travers La Réunion (marché Océan Indien et Afrique Australe : 150 millions d’habitants).
Le coût et la législation du travail, la disponibilité de foncier aménagé, les délais de prise de décision et la fiscalité sont perçus comme des handicaps par les Chinois. Et une politique attractive requiert une nouvelle approche des formalités consulaires et d’accès aérien.
• L’industrie automobile
Il a été évoqué, sans plus de détail, un projet d’assemblage de voitures chinoises à La Réunion en vue d’accéder sans entraves au marché européen.
L’implantation à La Réunion de chaînes de montage de véhicules de tourisme chinois standard destinés au marché européen ne semble pas présenter d’avantages certains. En effet, dans le contexte actuel, la stratégie générale du secteur est de constituer des pôles de production dans des zones à coût de main d’œuvre réduit et à proximité de marchés importants, en favorisant le tropisme d’équipementiers, carrossiers, fournisseurs et prestataires automobiles divers.
Les économies d’échelle sont souvent partagées par plusieurs constructeurs automobiles, tandis que des éléments comme la livraison en juste-à-temps (zéro stock), les délais et le coût d’acheminement des pièces par exemple rendent difficilement concevables l’établissement d’une industrie d’assemblage de voitures à La Réunion en dépit des incitations à l’investissement. L’absence de tradition industrielle automobile sur l’île (petite industrie récente de 200 salariés) constitue un frein important dans le contexte mondial (présence des équipementiers et sous-traitants à proximité des constructeurs, main d’œuvre formée et bon marché, savoir-faire préexistant).
Par ailleurs, en Europe de l’Ouest, les usines de fabrication de véhicules ont réduit leurs perspectives d’investissement et nombre d’entre elles sont en phase de restructuration ou de modernisation, alors que les projets d’investissement fleurissent en Europe de l’Est (main d’œuvre industrielle à faible coût, double proximité du marché européen et des sous-traitants européens). Quels que soient les développements à venir, l’Europe de l’Ouest devrait rester durablement compétitive pour la conception des véhicules (circuits électroniques, calculateurs d’injection ou de freinage…).
Qui plus est, il est possible de s’interroger sur les perspectives à moyen terme de vente de voitures chinoises en Europe, même à très bas coût, compte tenu du savoir-faire nouveau à intégrer, du respect des normes européennes et des attentes des consommateurs européens. Des ambitions commerciales sur la zone Afrique semblent en revanche plus pertinentes. Dans cette hypothèse, La Réunion pourrait être amenée à jouer un rôle plus important, même s’il est difficile d’imaginer l’assemblage complet des véhicules (surcoût main d’œuvre et logistique), rôle qui paraît davantage dévolu à l’Afrique du Sud.
Compte tenu de son nouveau positionnement, il est logique que la Chine ambitionne de pénétrer plus fortement le marché de l’automobile (potentiel intérieur et extérieur), en développant un savoir-faire en sous-traitance à destination des marchés européens (dans un premier temps).
Dans ce contexte, l’installation à La Réunion de sous-traitants automobiles chinois dans certaines activités high tech peut être recherchée.
Activités non envisageables : La maîtrise chinoise en matière de fabrication des pièces en métal (fort volume) est indéniable, avec un coût d’outillage très peu onéreux (environ le quart du coût français). Ce type de fabrication, ainsi que toute activité à dominante assemblage (intensive en main d‘œuvre, où La Réunion n’est pas compétitive), paraît difficilement localisable à La Réunion.
Activités envisageables : La fabrication de composants à forte valeur ajoutée, requérant de forts investissements en équipement pourrait être réalisée à La Réunion compte tenu du positionnement de l’île (high tech, à mi-chemin entre l’Asie et l’Europe, dispositifs incitatifs). Dans le domaine des cartes électroniques de masse par exemple, le budget de fonctionnement d’une unité industrielle se décompose schématiquement en 9% de masse salariale, 15% d’amortissement des équipements, 50% d’achats de composants et 26% d’études et de charges fiscales. Compte tenu de la faiblesse du poids de la main d’œuvre et de l’importance du poste équipements, La Réunion a une carte à jouer dans l’accueil de ce type d’industries. Compte tenu des schémas usuels de livraison du secteur (juste- à-temps), un acheminement par avion est à privilégier, ce qui implique la production de pièces de petites dimensions. Pour améliorer la compétitivité de La Réunion sur ce segment (et sur l’ensemble des industries high tech), une bonification du SLAE sur le mode de transport aérien serait bienvenue.
Exemples de fabrication qui pourraient être étudiées : électronique pour habitacle et sécurité, pour propulsion, pour architecture thermique et électrique, électronique embarquée, dispositifs de freinage ABS, communication mobile, éléments de boîtes de vitesse…
Par ailleurs, la production intégrée de voitures spéciales à La Réunion (petits véhicules ouverts, pour environnement tropical, de type « mini-moques »), qui a déjà fait l’objet d’études, reste envisageable à La Réunion (quelques centaines d’unités, principalement pour le marché de la location).
Atouts de La Réunion : position géographique et diasporas, statut européen, soutien public à l’équipement et taux d’emprunt, main d’œuvre disponible avec un bon niveau de formation et de productivité, coûts de réexport intéressants, respect des normes et procédures qualité européennes. La volonté politique de développer ce type d’industries à valeur ajoutée est essentielle.
• L’industrie de la santé
Parmi les secteurs qui pourraient faire l’objet de partenariats Chine-Réunion (environnement, TIC…), l’industrie de la santé paraît présenter des opportunités d’investissement dans quatre segments :
la recherche médicale (en milieu tropical)
la phytothérapie, l’aromathérapie, les compléments alimentaires
la production de médicaments
la production de matériel médical
Si La Réunion est devenue le pôle d’excellence médical du sud-ouest de l’océan indien (production de biens et de services, recherche), la localisation sur l’île d’unités chinoises de fabrication de produits liés à la santé pourrait être liée à trois facteurs :
Obtenir le label Made in France
Transformer les matières premières de l’océan indien
Se rapprocher des marchés africains et européens
L’obtention du label « Made in France » pour une production chinoise est liée à deux critères : . Etre éligible au régime douanier de perfectionnement actif (35% de valeur ajoutée locale) . Se conformer aux normes françaises et européennes de fabrication et de mise sur le marché
La transformation de matières premières est liée à la richesse de l’océan indien qui comprend 60% des principes actifs naturels actuellement utilisés dans la pharmacopée européenne. D’où l’intérêt actuel de laboratoires européens pour des implantations india-océaniques.
Pour viser les marchés africains ou européens, deux des inconvénients classiques d’une implantation à La Réunion peuvent être atténués :
Le coût de l’éloignement : il est réduit par les tarifs attractifs de sortie des containers vers l’Europe
(tarifs élevés vers les ports régionaux) et le soutien régional (SLAE). Mais le coût d’acheminement des
intrants reste un handicap.
Les coûts d’exploitation : une unité réunionnaise bénéficie d’une réduction de masse salariale
(allègements de charges et prime à la création d’emplois) et d’un allègement fiscal par rapport à une
unité métropolitaine, mais travaille dans un environnement plus compétitif (Maurice…).
Le succès d’un projet industriel pharmaceutique à la Réunion repose sur le développement d’une activité intense en capital et en savoir faire, et une planification rigoureuse de mise en œuvre.
Un premier pré-projet a été identifié avec la société Tianjin Pharmaceutical Group Corp (TPJC). Encouragé par l’Aplamedom, ce projet vise la fabrication de médicaments destinés au marché européen à partir de produits semi-finis importés de l’unité chinoise de TPJC. Le principal argument en faveur de La Réunion est lié à la mise aux normes européennes (contrôles des produits semi-finis à La Réunion et contrôles des produits finis au niveau de l’unité réunionnaise).