Faites un sondage, interrogez les gens dans la rue à La Réunion : peu de personnes qu’elles soient chef d’entreprise, salarié du secteur public ou du privé, demandeur d’emploi surtout, peuvent expliquer encore aujourd’hui les raisons pour lesquelles les dispositions de la loi Girardin ont été brutalement supprimées en 2007, sans analyse préalable sérieuse des impacts, 3 ans seulement après leur entrée en vigueur pour une durée en principe de 15 ans.
Dans tous les secteurs économiques pourtant, que l’on soit agriculteur, artisan, commerçant, industriel, opérateur du tourisme, société de services, ces mesures avaient démontré leur efficacité sur la création d’activités et d’emplois, enjeu majeur de La Réunion.
Présentée comme l’occasion de faire mieux et plus efficace, la remise à plat des dispositifs a été pourtant acceptée poliment, patiemment, par les milieux économiques de l’île. Ils n’ont eu de cesse cependant d’alerter les pouvoirs publics sur une telle démarche et ses conséquences pour l’Outremer en général et La Réunion en particulier.
Qu’en est-il aujourd’hui ? La LODEOM a été adoptée par le Parlement fin mai 2009. Bien que ne répondant pas aux attentes visées ci-dessus, loin s’en faut, elle n’est toujours pas appliquée du fait de l’absence de parution des décrets d’application annoncés puis retardés de mois en mois. Chacun connaît la maxime : « le diable se cache dans les détails ». Aussi une grande inquiétude est de mise, car les secteurs économiques de l’île connaissent d’expérience la capacité formidable des services des administrations centrales à brider les lois votées par les élus du peuple : délimitation des activités éligibles aux exonérations des ZFGA, refonte de la défiscalisation immobilière,... Un simple décret voire un arrêté peut anéantir les espoirs, aussi minimes soient-ils, nés de la loi.
Ces décisions ont eu deux conséquences : d’une part la confiance en la parole donnée a été sévèrement entamée et d’autre part, la croissance de l’économie réunionnaise connaît un repli massif, marquant un coup d’arrêt brutal après plusieurs décennies de performances remarquables : plus 5 à 6% annuel du PIB en volume, permettant 15% de réduction du taux de chômage sur 20 ans.
Pour éviter les confusions fréquentes en périodes troublées, il convient de préciser que cette régression est intervenue dès 2008, avec en sus la déprogrammation de nombreux chantiers publics ; le tout un an avant que La Réunion ne soit confrontée aux effets indirects de la crise internationale. C’est donc bien à une crise d’activité que l’île est confrontée, non à une crise financière.
Le logement en est le paradoxe le plus criant. Le bâtiment, premier soutien structurel du secteur du BTP, souvent occulté par la dimension des grands travaux, permettait, uniquement avec la défiscalisation, la construction annuelle d’environ 8 000 logements. L’année 2009 devrait s’achever sur seulement un millier de réalisation. Certes la surchauffe de ces dernières années et le décalage par rapport aux besoins des ménages nécessitaient un réajustement du dispositif, en particulier vers le logement social. Il aurait pu être effectué en douceur en évitant la rupture brutale, en accord avec les politiques locaux et les professionnels du secteur. Or, tandis que la loi Girardin était remise en cause, le législateur a instauré un nouveau mécanisme de défiscalisation (loi Scellier) au profit du logement dans l’hexagone et ce, dans des conditions plus attractives. Résultat : les flux financiers se sont inversés, l’économie réunionnaise est asséchée de près d’un milliard d’Euros d’investissements extérieurs par an, et désormais, des foyers fiscaux de La Réunion ont davantage intérêt à investir en métropole ! L’impact sur l’emploi est désastreux : pour la première fois depuis 30 ans sans doute, La Réunion voit se détruire massivement des emplois existant. Elle se voit ainsi privée de compétences de femmes et d’hommes, souvent fortement qualifiés et dont la puissance publique, par ses investissements, a contribué fortement à la formation. Ces pertes conduisent à la disparition du savoir faire des hommes et des entreprises capables de les mobiliser. Le chômage repart à la hausse, annulant deux décennies de réduction continue.
Prenant conscience de la bévue, la LODEOM a recréé un dispositif ciblé pour les outre-mer : le Scellier DOM, mais trop tard, le mal était fait, l’attractivité commerciale du Scellier métropole avait « pris le marché ». L’impact de la crise sociale des Antilles début 2009 a fortement contribué à dégrader le capital image des DOM, base essentielle de la confiance d’un investisseur.
A l’heure où l’on est toujours à la recherche des boîtes noires renfermant le mode d’emploi pratique de la LODEOM, vient de se tenir le premier Conseil Interministériel de l’Outre Mer de l’Histoire de France. Le mode de restitution choisi, fondé sur le catalogue, ne permet de retenir en première lecture que le nombre conséquent de mesures, 137, que personne n’a vraiment dénombré. Il expose les acteurs des Outre-mer à une nouvelle couche d’annonces.
Dès lors, que faut-il faire pour être efficace ? La REUNION ECONOMIQUE retient plusieurs priorités :
1. L’engagement du Président de la République doit permettre, si ce n’est d’accélérer leur sortie, du moins d’améliorer substantiellement les décrets de la LODEOM encore en préparation pour assurer leur pleine efficacité. Les dispositions pour le logement sont capitales pour répondre à l’urgence du secteur du BTP.
2. Le taux d’illettrisme est intolérable ; les entreprises de La Réunion peuvent et veulent participer à leur niveau à l’ambition nationale de son éradication.
3. La relance du logement, notamment du logement social, est une urgence absolue. Elle implique en amont certes de disposer de terrains, mais surtout de terrains aménagés. Les ressources du fonds exceptionnel d’investissement (FEI) doivent pouvoir être consacrées au financement des réseaux VRD primaires, secondaires voire tertiaires des terrains destinés à accueillir des opérations intégrant des logements sociaux. L’accompagnement de l’Etat sur les grands projets structurants doit également être confirmé pour en garantir la réalisation.
4. L’Etat affirme sa volonté de prendre la main sur les dossiers pour lesquels les collectivités locales ne sont pas toujours armées. Les deux domaines où La Réunion connaît un retard bloquant, le traitement des déchets et l’assainissement, doivent pouvoir compter sur les ressources du grand emprunt national. Les effets d’entraînement sur l’économie sont certains.
5. L’appui aux PME / TPE à travers le Small Business Act répond à une attente très forte de tous les secteurs d’activité de La Réunion sur trois plans : l’accès aux marchés publics, la constitution et le renforcement des fonds propres et le fonds de garantie et de trésorerie. L’enjeu est de prendre rapidement des mesures concrètes afin de permettre aux petites entreprises de passer le cap de 2010 et d’aborder l’avenir sereinement avec une réelle capacité de répondre à la commande publique.
6. La structuration des filières et la constitution d’interprofessions solides est la clé de succès et de régulation économique par la concertation du modèle de développement endogène qui représente la nouvelle ambition pour les outre-mer. Plutôt qu’endogène qui pourrait être interprété comme un repli sur le seul marché insulaire, l’adjectif homogène est d’ailleurs préférable car les interprofessions ont vocation à couvrir l’ensemble des marchés. L’annonce du Président de la République sur le programme POSEI constitue un signal fort de reconnaissance des efforts faits et du soutien de l’état aux engagements des filières agroalimentaires. Le tourisme, la pêche, les TIC, l’environnement, l’énergie ont également un potentiel de structuration qu’il convient de soutenir.
7. La capacité pour La Réunion de se projeter dans son environnement régional et de valoriser son savoir-faire à l’international, doit encore être renforcée. La définition d’une « politique étrangère de l’océan indien » doit permettre à l’Etat et à ses outils opérationnels comme l’AFD, aux collectivités et au monde économique, mais également à l’Europe, d’envisager de manière cohérente l’intégration économique régionale de La Réunion.
8. Enfin l’évaluation des politiques publiques conduites à La Réunion ne saurait être plus longtemps laissée pour compte, sauf à prendre le risque terrible de naviguer à vue ! L’expérience de la suppression de la TVA NPR sur l’achat/revente a montré les limites d’un examen superficiel ou trop hâtif depuis Paris, d’un dispositif aussi important pour l’économie locale. Il n’est donc pas envisageable que l’octroi de mer puisse maintenant être brutalement remis en cause sans analyse approfondie de sa portée et de ses effets, et sans identifier en amont un ou plusieurs scenarii alternatifs.
Les chefs d’entreprises, les salariés, les jeunes formés en attente de travail, tous sont prêts à s’engager pour autant que l’on passe à l’opérationnel. Quelle que soit la dénomination, PR2D, SDADD, ILE VERTE et son volet énergie Gerri, le plan stratégique de La Réunion est connu des pouvoirs publics, partagé par les milieux économiques et sociaux, de plus en plus approprié par l’ensemble de la société civile.
Il est une heure pour tracer des plans, il en est une autre pour bâtir. Nous sommes arrivés à ce moment crucial où il est préférable d’avoir davantage de maçons que d’architectes. Voici venu le temps des truelles ! Les acteurs économiques sont prêts ; au gouvernement nous disons : Just do it ! Contact : 0262 29 88 49 - Email : info@reunion-economique.org